Machine à composer des livres

De la figure du Singe savant, Amélie Dubois matérialise une machine productrice de langage, qu’elle baptise Machine à composer des livres, imaginée par Jonathan Swift (1667-1745) dans son livre Voyage à Laputa, troisième partie des Voyages de Gulliver de 1726 : « Le premier professeur que je vis était dans une grande pièce, entouré de quarante élèves. Après les premières salutations, comme il s’aperçut que je regardais attentivement une machine qui tenait presque toute la chambre, il me dit que je serais peut-être soumis d’apprendre qu’il nourrissait en ce moment un projet consistant à perfectionner les sciences spéculatives par des opérations mécaniques.» Swift décrit alors une machine permettant de générer aléatoirement du texte. Cette machine imaginée par l’écrivain et illustrée par Amélie Dubois est constituée d’environ quatre cent cubes, sur lesquels sont placés des mots, que l’on peut tourner à l’aide de manivelles. Un alignement de ces termes permet de formuler une phrase neuve de toute interprétation et de tout contexte. Les mots se rapportent précisément à la thématique « art ». Trois autres schémas de ces sculptures existent en lien avec les disciplines « sciences et techniques », « littérature et linguistique » et « philosophie et religion », regroupant ainsi les quatre champs les plus couramment répertoriés dans les dictionnaires. Amélie Dubois réalise une machine qui serait une matérialisation figée de l’invention de Swift. Les manivelles sont ici présentes pour suggérer une rotation possible des cubes dans l’imaginaire puisqu’elles sont fixes en réalité. Cette machine impossible ne peut donc réellement servir à produire des textes et renvoie directement au roman de Swift, à l’image d’une invention de savant fou et visionnaire.

Ann Stouvenel

Machine à composer des livres, 2011.
Sculpture, bois, cuivre.
2,60 x 2,60 m x 70 cm.


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